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Komorebi

Komorebi

Ko • Arbre
Moreru • S’échapper
Bi • Soleil (ou jour)

C’est, grosso modo, ce que je retiens des explications fournies un peu partout sur le web. Le mot japonais est commun, ne soutenant en soi guère de poésie. Il s’agit d’un état, d’une denrée rare de la perception qui affirme en silence la beauté du monde.

Il a été prouvé que se promener dans une forêt baignée de soleil apaise, réduit le niveau de cortisol et d’adrénaline. Le jeu architectural des photons et des ombres, associé au bruissement lent des feuilles, se traduit par un étalement de la respiration, par le développement de certaines ondes cérébrales. Rien qu’à s’imaginer une promenade dans un lieu éloigné des bruits du quotidien générerait son lot de bienfaits.

Gourmand de friandises contrariantes, j’appose aussitôt des nuances à cette quiétude promise. Il est vrai que la seule observation de la lumière traversant la peau de ces feuilles oblige à une relative retenue. Notre esprit adopte avidement, durant ces moments de calme observation, une simplicité toute épicurienne. Les pensées s’allongent, l’océan des angoisses s’aplanit pour ne devenir qu’un plancher horizontal de sérénité.

Il est vrai, aussi, qu’il faille chérir ces moments, apprivoiser le jeu kaléidoscopique des reflets, les provoquer en écarquillant davantage les pupilles, être une plante regorgeant d’une oisive chlorophylle assoiffée de lumière. Vivre devient alors simple et tolérable. À boire l’eau du soleil, n’en développe-t-on que mieux nos racines aveugles et nerveuses ?

Car les canopées nourrissent un monde qui plonge profondément dans un sol nocturne où s’entremêlent des champignons parasites, mais bienfaiteurs, où les lombrics voyagent mollement en formant des tunnels fragiles que des racines emprunteront aussitôt pour mieux poursuivre leur quête.

Ce qui illumine crée aussi les ombres, cela relève du truisme, là où se réfugie ce qui ne peut tolérer longtemps le jour. Le soleil, à lui seul, brûle. Nos peurs, ces bien friables inventions, le craignent. Nos désirs, ces amants savoureux et infidèles, préfèrent nous enfourcher dans la pénombre, secrètement, par-derrière, avant que les armées raisonnables de notre conscience ne viennent les combattre.

La réelle beauté de la vie, il me semble, se trouve dans ce jeu des contrastes, dans ce spectre très large s’étiolant au-delà de notre vision journalière. La vérité est ultraviolette ou infrarouge, colorée comme une flaque d’huile sur l’eau et qui s’enflamme à la moindre friction. Je ne saurais le prouver, cependant. Ce qui m’incite à écrire cela m’échappe encore.

Komorebi. Lumière du soleil s’échappant de l’opacité obstinée des choses. Cette contemplation, si elle apaise, nous laisse tout de même dans le noir de l’ignorance.

Évidemment, tout n’est que perception.