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Les deux chemins

11 juin 2018

Que sommes-nous ? Que faisons-nous ? Que deviendrons-nous ? Il est plutôt rare que nous nous posions ces questions. Elles surgissent habituellement durant des moments de crise, quand un ouragan vient fouetter l’existence, quand l’océan se gonfle immensément, mais aussi, parfois, quand tout paraît calme à la surface, quand sous des kilomètres d’oubli se meut un plasma menaçant que nous ignorons bien volontiers.

Nous paraissons les victimes de notre destin, les rythmes planétaires imitent notre conscience. Lui, à l’aube de ses soixante ans est en synchronie avec le retour de Saturne, tente de faire des choix, adoucit ses envies. L’autre, dépassé la cinquantaine, voit Pluton bouleverser son ego, l’invite à plonger dans ce qu’il terre depuis l’enfance. Et que dire de celui-là qui se met à dos l’Occident parce qu’il est démesurément sûr de pouvoir enfin faire ce qu’il veut comme s’il était devenu roi ou Icare ?

Que voulons-nous cependant vraiment ? Qu’avons-nous à réaliser ? Devons-nous, au départ, réaliser quelque chose ?

Le mystère de cette existence n’est-il pas encore opaque depuis que nos synapses ont appris à créer le monde à notre image ? Où va cette planète ? Quelle est sa lumière, son sens ? Que signifie cette musique sur laquelle nous rêvons, nous dansons ? Pourquoi la jeunesse s’en moque et la vieillesse s’indiffère ?

Moi, j’en suis encore toujours là, à marcher et à me poser trop souvent inconsciemment sans doute, ces mêmes questions. Qu’ai-je réalisé dans ma vie ? Et pourquoi ?

Mais pourquoi veut-on aussi que je cesse de me poser ces questions ? Qu’on me suggère de ne pas m’en faire ? Que cela n’en vaut pas la peine ?

Vraiment ? Cela est inutile ?

Ah ! La belle affaire. On ne peut affirmer cela, parce que ce serait connaître toutes les réponses de l’univers.

Il faut nourrir un sankalpa, de dire la tradition yogique, planter dans sa conscience les semences de la volonté tout en acceptant son destin.

Lorsque vous commencez à travailler avec le sankalpa, la pratique peut sembler pleine de contradictions. Vous commencez par identifier ce que vous voulez, mais la seule façon de le réaliser est de reconnaître que vous l’êtes déjà, et que vous l’avez déjà. Vous vous fixez des objectifs précis et vous vous engagez à rompre avec vos habitudes. Mais à chaque occasion d’agir en ligne avec ces objectifs, vous devez d’abord reconnaître que vous êtes déjà parfait et entier.

Selon Rod Stryker, cette contradiction apparente est l’essence de la pratique du sankalpa et des enseignements non duels. « Cela nous ramène à l’idée que chacun de nous est à la fois être et devenir. Il y a la partie de nous, para atman*, qui est transcendante, intrinsèquement une, et qui n’a besoin de rien. Nous avons aussi une* atman jiva*, cette partie de nous qui vient à la vie avec un but et un destin et qui est toujours en devenir. ». Stryker explique que pour accomplir votre* dharma*, vous devez trouver un moyen d’intégrer ces deux aspects apparemment opposés de l’être. « Il est vital pour le bonheur que vous marchiez sur les deux chemins simultanément. Dirigez votre énergie avec intention, mais gardez à l’esprit que votre nature est inchangée, que vous atteigniez ou non vos objectifs. « Vivre aussi bien que possible entre le but et la réalisation du but. »* (https://yogainternational.com/article/view/how-to-create-a-sankalpa)

Voilà, il faut marcher. Je suis en vacances pour deux semaines. Cela tombe bien. Je pourrais marcher toute la volonté de mes jambes. J’ai des chatons à donner aussi. Je ne peux m’éloigner de la maison. Même sans chats je ne le ferais pas. Ma promenade est ailleurs sans doute. Elle est à faire sur deux chemins.