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Un paillasson et mes rêves

25 décembre 2019

Mes regards, mes nombreux coups dans la lumière ne m’offrent aucune réponse. J’ai soif de transmutations, d’expériences indéfinissables. Je semble posséder autant d’imagination que durant mes envolées de jeunesse, mais ce temps saturnien de la soixantaine en dissout rapidement son intérêt, voire sa course.

Je suis là à observer les choses, à m’en imprégner silencieusement comme une méduse attentive aux denrées qui s’agglutinant sur ses bras ficelles. Suis-je en train de disparaître, me fondre dans un trou noir de sagesse ou de silence ? La connaissance est-elle une parole ou un secret sans mot ?

Quand je suis parmi les gens, quand je m’occupe de celle-là ou de celui-ci, l’angoisse se sucre d’alcool. Quand je glisse ma main sur le pelage d’un chat, j’entends avec mes doigts le ronronnement de la vie. Et quand je reviens chez moi, braqué sur un compte Twitter ou sur des images rapides comme des lucioles, je ressens la sécheresse d’anciennes plaies, la jeunesse n’être maintenant qu’une pulsion appartenant à d’autres téléphones.

La vie, pleine et entière, est en moi et se passe de moi. Je peux vivre des heures à observer les configurations étoilées de mes camarades malades ou des politiciens époumonés. La course du temps est lente quand on s’y colle la langue. Rien ne se passe, rien ne se crée, tout est gelé, métal et chair dans un destin qui permet autant de variations qu’il existe d’incertitudes.

Je suis toujours capable d’exprimer la beauté du monde. Je me demande quand même à quoi sert d’agir ainsi. La vie est un bonbon sucré qui endommage nos dents. C’est la rançon du bonheur ou tout bonnement du confort.

Photographier le paillasson de ma porte et le transformer en un soleil de méthane. Sûrement quelque part, dans une région trop éloignée de l’univers pour que je puisse me l’imaginer, s’éclate une telle étoile, avec des tempêtes magnétiques aussi imaginatives que mes rêves les plus fous.