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La propriété, sous la neige, ressemble au ciel, au-dessus des nuages. Le fleuve s’est vidé de ses baleines et de ses orques ; le hauteurs se sont asséchées de leurs oiseaux. Le petit matin, en décembre, n’arrive pas à vaincre la nuit. Il devient difficile de dire s’il fera beau ou si le temps tournera à la neige ou à la glace. Le ciel et la neige, l’eau et le corps des arbres ont la même teinte. Il en va de même de son haleine qui s’échappe d’elle, juste un peu plus blanche et vivante. Elle s’est bien vêtue pour accueillir le jour, mais y en aura-t-il un ? Difficile de le croire à voir ainsi le soleil, presque aussi bleu que la nuit, frôler l’horizon, comme s’il était trop lourd pour pouvoir vaincre la gravité.

Une lumière apparaît dans le pavillon de Marie-Claire. Au même moment, elle aperçoit une ombre aller et venir devant les stores fermés. Elle devine qu’il s’agit de Luc qui doit se préparer. Il doit se lever tôt, car la ville est quand même à trois quarts d’heure de route. Cela ne doit pas toujours être facile. Mais il est jeune, se dit-elle, il a tout son temps pour se fatiguer. La silhouette plus convexe de Marie-Claire apparaît à son tour. Elle devrait se reposer, dormir plus que cela. Lui prépare-t-elle son repas du midi ? Marthe espère que non ; elle devra le lui demander ; s’il le faut, elle leur donnera de l’argent pour qu’il mange au restaurant. Elle se sent grand-mère, adore l’idée. La jeune fille ouvre les stores, regarde au-dehors. La voit-elle ? Probablement pas ; il fait encore trop noir. Elle quitte la fenêtre. Marthe espionne le va-et-vient des silhouettes. La nuit ne donne pas facilement sa place au jour ; le ciel est juste un peu plus gris. Marie-Claire apparaît sur la galerie, bien habillée, un café à la main ; Marthe le devine par le geste aisément reconnaissable de quelqu’un qui apporte quelque chose de chaud à ses lèvres, tout en profitant de la chaleur bienvenue qu’il transmet aux mains. Luc sort à son tour, l’enlace. Ils demeurent ainsi l’un près de l’autre, à regarder le fleuve, tanguant doucement comme seuls les amoureux apprennent à le faire.

Il se détache ensuite d’elle, rejoint sa voiture qu’il a tôt fait de démarrer. Il revient vers Marie-Claire, lui donne un long baiser, puis embarque dans l’automobile, emprunte le chemin qui passe forcément devant le manoir. Les phares éclairent Marthe, Luc s’arrête, sort de la voiture, lui fait un signe de la main qu’elle lui retourne.

— Tout va bien ? dit-il.

— Oui, oui, je prends l’air, comme à mon habitude.

— Je ne vous vois pourtant pas souvent.

— J’ai mes heures.

— F’ra beau aujourd’hui.

— Sans aucun doute.

— Allez, bonne journée.

Il reprend le volant et quitte rapidement la propriété. Marie-Claire, qui aura aperçu la scène, lui fait un signe de la main que Marthe imite. La jeune femme rentre chez elle. Cela semble donner le signal du réveil pour Hélène et Gustave, bientôt suivis de la lumière qui surgit des fenêtres du manoir. Cette propriété est mue par une bien étrange énergie, s’amuse-t-elle à croire. Elle repense à l’effet Casimir. Mais comment y croire vraiment sans replonger dans la tourmente ? Elle regarde le fleuve emprunter le rouge du soleil. En continuant, conclut-elle, en suivant la rivière. Elle rentre.


Lucienne lui dit bonjour.

— Où est Dimitri ?

— Tu ne l’as pas entendu ? Il est parti tard dans la nuit. Son bateau partait ce matin.

— Il revient quand ?

— Je ne sais pas trop.

— Mais il reviendra.

— Oui, oui, du moins je l’espère ! Qui vient manger ce midi ? C’est rendu qu’il faut le demander à chaque fois, on ne se reconnaît plus ici d’dans !

— Qu’y a-t-il, Lucienne ?

— Rien !

— Tu es triste.

— Oui !

— Il va revenir, il m’avait l’air sérieux.

— J’espère ben pour lui, bonne sainte Mère !

— Tu n’es même pas coiffée.

Lucienne s’arrête et se regarde dans le miroir placé au-dessus du lavabo.

— C’est ben qu’trop vrai.

— Je vais dans mon bureau.

— Je t’y apporte ton petit-déjeuner.

— Prends ton temps.

— C’est juste ça que je fais, attendre, travailler, pis attendre !

Lucienne disparaît dans son logement. Marthe soupire, traverse le grand salon pour aller rejoindre son bureau. Elle s’arrête devant le piano qu’Armand aura laissé ouvert, ce qui est contraire à ses habitudes. Elle jette un coup d’œil à la pièce, encore teintée de pénombres familières. Le feu dans l’âtre se meurt. Si frileuse d’habitude, Lucienne n’a pas veillé à le nourrir. Marthe aperçoit son chat, en contre-jour, installé à la fenêtre.

— Tiens, tu es là, toi.

Il miaule.

— Il s’en passe des choses dans cette maison, tu ne trouves pas ?

L’amande de ses yeux se rétrécit, disparaît sous l’effet des ronronnements. Marthe se tourne vers sa bibliothèque devenue gruyère. Certains livres, délivrés du corset étriqué du rangement, se sont affalés. Elle transférera des livres des bibliothèques débordantes de son bureau. Elle n’a plus envie de brûler quoi que ce soit ; les gestes symboliques perdent de leur pouvoir, comme si pleurer, hier soir, avait tari la source de son ressentiment.

Peu de ces livres parlent de pleurs autrement que pour les traiter en symptômes de causes plus secrètes. Elle se tourne vers les étagères contenant la littérature. Là vivent les grincements et les déchirements. Elle lit le dos des livres, s’attarde aussitôt sur Nelligan, ouvre à tout hasard. Pleurez, oiseaux de février… Pleurez mes pleurs, pleurez mes roses.. Elle referme le livre. Il n’y a pas de hasard dans cette maisonnée, se dit-elle. Elle décide de ranger le recueil du poète près d’une étude de Laing.

Lucienne ouvre la porte qui donne sur le bureau.

— Qu’est-ce que tu fais là ? Tes croissants sont prêts.

— Je t’avais dit de prendre ton temps, y a pas le feu, ma belle.

— Mais je l’ai pris, c’est toi qui lambines à matin.

— Je n’ai pas beaucoup dormi, la nuit passée.

— J’ai entendu cela, y avait des pas dans ta chambre, et puis, t’as pris ta douche.

— Excuse-moi de t’avoir dérangée.

— Je ne dormais pas moi non plus. J’ai profité de mon Dimitri.

Lucienne glousse et s’échauffe :

— Il a une belle façon, ce gars. Ça doit être la mer qui les rend ainsi. La houle sûrement… Il me l’a dit comme ça. Yourrre laïque de sea...

Elles rient. Lucienne lui cède le passage.

— Je m’excuse pour tout à l’heure.

— Tu n’as pas à le faire, je comprends que tu sois anxieuse.

— T’es toujours trop bonne, toi ; tu nous laisses trop faire et dire ce que l’on veut.

Marthe s’assoit.

— Tu me reproches de te laisser être toi-même ?

Lucienne se campe devant elle comme si elle préparait un grand coup.

— Ben oui ! Si t’avais été moins permissive, tu ne serais pas là à te morfondre sur ton Léo.

— Trop permissive ou trop heureuse ?

Lucienne émet un grondement de protestation devant ce qu’elle trouve trop compliqué.

— Tu diras ce que tu voudras, il n’est jamais trop tard pour refaire sa vie.

— J’ai l’impression que tu essaies de te convaincre de quitter ces lieux.

La bonne paraît hésiter, s’assoit.

— C’est possible, dit-elle d’une voix réduite à sa plus simple expression.

— Tu aurais préféré que je te dise de rester ?

— Peut-être...

Marthe la voit lutter contre les larmes.

— On ne va pas recommencer ? Écoute, pars ce printemps, regarde ça comme de longues vacances, tu en as besoin. Si tu crois que ce n’est pas ta place, là-bas, tu reviendras.

— Tu me l’as déjà dit.

— Je ne t’abandonnerai pas, Lucienne.

— J’sais bien...

La tête de Rémi apparaît dans l’ouverture de la porte.

— Mais ce sont les plus belles femmes du monde que je vois là.

Lucienne se lève, sèche rapidement ses yeux en se cachant, sort par la porte de service. Rémi s’avance, son peignoir est défait.

— Qu’est-ce que j’ai dit ?

— Rien, tu n’y es pour rien. Pourrais-tu mieux t’habiller, garçon ?

Rémi s’arrête, noue son peignoir.

— Pardon.

Il s’avance, regarde les croissants de Marthe.

— Ça a l’air bon.

Marthe ricane.

— Où est Victor ?

— Il finit de s’habiller. C’est compliqué, les vêtements d’un notaire : caleçon, chaussettes, pantalon, chemise, veston. Puis le chum qui défait tout ça…

— Toi, tu es amoureux.

— Seulement quand je suis nu.

Lucienne lui apporte des croissants et du café.

— Ah ! mais elle lit dans mes pensées !

— Je ne peux pas résister à un jeune homme en bobettes.

— Qui te dit que j’en ai ?

— J’ai eu le temps de les voir avant que Marthe te demande de te rhabiller.

— Les murs ont des oreilles.

— Non, ils ne sont juste pas assez isolés...

— Bonjour !

— Tiens, v’là le monsieur à cravate, dit Lucienne.

— Lucienne !

— Ben quoi, il est jamais relax, ce beau garçon ! Tu ne trouves pas, Rémi ?

— Ça dépend, tu devrais le voir au lit.

— T’as qu’à m’inviter.

Rémi éclate de rire pendant que Victor, un peu rouge, s’assoit près de lui.

— Bon qu’est-ce que tu veux, toi, pour déjeuner ? Ça serait plus simple si vous arriviez tous en même temps, on n’est pas dans un restaurant ici !

— Pas la peine, Lucienne, je ne mange jamais le matin.

Lucienne se tourne vers lui, les yeux ronds.

— Jeune homme, c’est moé qui ai besoin d’un régime. Si tu veux rester performant au lit, fais de l’exercice, tes prières, mais surtout, mange du bacon ! Je suis justement en train de me préparer des œufs avec de la graisse de rôti. Dimitri m’a affamée. Un vrai ramoneur, celui-là.

— Il te fait jouir au moins ? lance Rémi.

Lucienne s’empourpre.

— Kessé qu’tu connais à la jouissance d’une femme, toé ?

— Rien ! Je le concède. Mais si tu veux que je te parle des stimulations de la prostate…

— Rémi, s’il te plaît, dit Victor.

Marthe rigole.

— Un café suffira, insiste Victor.

Lucienne hausse les épaules et lance avant de quitter la pièce, plus pour elle-même, mais assez fort pour qu’on l’entende :

— Ça peut ben être feufi !

Rémi la trouve très drôle, Victor pas trop. Marthe n’ose pas trop l’offusquer, change tout de suite le sujet.

— Je veux m’excuser pour hier soir. J’ai été un peu brusque avec toi.

— Ce n’est rien, je comprends la situation. Rémi m’a expliqué pour Augusti. Arcand n’a pas révélé l’existence de son fils.

— Je ne sais même pas quel âge il a.

— Ce n’était tout de même pas délicat de ma part ; j’aurais pu faire mon enquête.

— Tu n’as pas eu le temps. Je tiens quand même à m’excuser. J’avais peur que tu ne tombes dans le panneau de tous les critiques de l’art qui voient le génie même dans le pipi des artistes.

— La vie est plus simple, en effet.

— La vie est surtout plus sérieuse. Y a un temps pour être en cravate, et un autre pour être en bobettes, n’est-ce pas, Rémi ?

Celui-ci arrête de mâcher son morceau de croissant, sort ses yeux d’enfants battus. Elle adore quand il agit ainsi.

Victor s’éclaircit la gorge.

— C’est aujourd’hui le grand jour.

— Oui, les tableaux. J’en serai bien débarrassée.

— Ils ne pourront les emporter tout de suite. Il faut produire l’inventaire, élaborer le cahier des charges.

Elle l’interrompt.

— Je sais tout cela.

— Vous pouvez changer d’idée.

— Je ne les emporterai pas dans ma tombe.

— Vous n’êtes pas encore morte.

Elle apprécie sa vivacité d’esprit, mais aimerait qu’il se dégage de sa copie.

— Que ferais-tu à ma place, beau jeune homme aimé de Rémi ?

Lucienne arrive sur les entrefaites, avec œufs et bacon qu’elle présente effrontément aux deux hommes. Victor ouvre la bouche d’étonnement. Marthe et Rémi éclatent de rire, devant une Lucienne fière de son coup.


Le soleil remplit le reste de la journée. Il y a beaucoup à faire. Les gens de Simon et Courville arrivent tôt, munis de leurs appareils photo et accompagnés de leurs spécialistes. Marthe assiste à l’examen des pièces.

Évidemment, les experts s’émerveillent, essaient de lui poser des questions, mais elle les renvoie aussitôt à Victor. Elle décide de les quitter, prétextant vouloir aider Lucienne à préparer le repas, car ils restent pour manger, n’est-ce pas ? Ils acquiescent volontiers, disent, pour la forme, qu’ils ne veulent pas déranger. Rémi descend avec elle, annonce qu’il va rejoindre Armand. Avant de quitter, il l’embrasse sur les joues. Ce geste l’émeut.

Après le repas, où il lui a fallu répondre aux bavardages techniques des experts, elle s’habille chaudement et descend sur la grève enneigée. Le fleuve l’accueille par un long silence. Le vent des derniers jours a roulé la neige, permettant la marche. Incapable de fournir une chaleur suffisante, le soleil du nord semble pourtant vouloir redoubler d’éclat, donnant au ciel un bleu d’acier sans demi-teintes. Elle entend des pas derrière elle. Hélène la rejoint.

— Bonjour !

— Ce qu’il fait beau, répond Hélène.

— Oui, on annonce une vague de froid pour les semaines à venir. La neige va se faire rare.

— Tant mieux ! On pourra se promener. On y va ? Le vent a tout balayé par ici.

— Volontiers. Ça va me changer les idées.

— Les gens pour l’encan sont là ?

— Oui, ils m’exaspèrent.

— Ils font leur métier.

— Je sais bien, laisse-moi me plaindre.

— J’ai vu de la lumière dans ta chambre, hier soir.

— Je n’arrivais pas à dormir, toi non plus à ce que je vois.

— J’étais avec Armand. Il souffre. J’essaie de le convaincre de retourner à l’hôpital.

— Il ne voudra pas.

— Je m’en rends compte. Il décline plus vite que je ne l’aurais cru.

Elles s’avancent sur la plage, quittent rapidement la propriété, marchent en silence, d’un pas qui les essouffle un peu. Contrairement à Léo, Marthe a toujours aimé l’hiver. Et le fleuve, durant cette première période de la saison, possède une eau visqueuse, qui hésite entre la glace et la vapeur.

— La découverte de Victor a dû te bouleverser, dit rapidement Hélène, comme si ces paroles étaient la continuité de ses pensées silencieuses.

— J’ai eu l’impression, hier soir, que je ne m’en sortirais pas vivante de Léo. J’étais fragile, pas très belle à voir.

— J’aurais dû rester avec toi, mais Armand avait besoin d’aide.

— Ne t’en fais pas. Rémi est venu me voir et m’a fait un long massage.

— T’as de la veine ! Je me taperais bien un jeune homme.

— Je ne me le suis pas tapé !

Hélène rit.

— Je n’ai pas dit ça. Mais avoue que cela t’a passé par la tête.

— Non ! dit un peu fort Marthe, tout en souriant. En fait, j’ai pleuré dans ses bras.

Hélène se serre davantage contre elle pour lui signifier qu’elle comprend.

— Il est quand même tordu, ce Léo, continue Hélène, et à son âge !

— Il n’y a pas d’âge pour essayer de s’en sortir.

— C’est toi qui l’excuses maintenant ?

— Non, pas vraiment, tu le sais, toi, l’écrivaine, la vie aime porter du gris.

— Seulement la nuit, et seulement chez les gens riches.

Marthe rit.

Elles poursuivent leur marche en se racontant leurs nuits respectives. Elles ralentissent à la fois parce qu’aller plus loin est devenu impossible, et aussi parce que Marthe parle très bas, fragile, cherchant son air. Doubles causes accentuées de causes secondaires, la rage, l’émotion, l’incertitude et l’expérience. Elles s’arrêtent, regardent l’horizon.

— Je me serais bien vue grand-mère, dit doucement Marthe.

— Moi aussi...

— Tu t’ennuies ?

— Non ! affirme joyeusement son amie. J’ai mes revues pornos et j’épluche mes carottes dessus.

Les deux s’esclaffent.

— Sérieusement, dit Hélène, je prends de bons bains chauds et je laisse aller. Mais il y a certes ce petit quelque chose…

— L’appel de la nature ?

— Tu me trouves rétrograde ?

— Pas du tout. Je te comprends parfaitement. Toi et Gustave, cela aurait pu marcher.

— Tu ne vas pas recommencer. Il est bien gentil, mais il est trop « gars » pour moi, et puis, il ronfle, les jambes écartées comme un gros phoque. Je ne suis pas comme toi, en fait, je n’ai jamais été vraiment satisfaite de la compagnie des hommes. Ma solitude me sied parfaitement.

— Alors ?

— Alors, fait Hélène, en haussant les épaules, je ne sais pas ! Je n’y ai pas réfléchi !

— Je fais confiance à la Nature, avec un grand N. Si elle permet aux femmes de dévier de la course qui était jusqu’ici la leur, tant mieux. J’aimerais bien voir où en sera l’espèce humaine dans mille ans. Peut-être tout se fera par ondes cérébrales et chacun sera l’égal de l’autre.

— Misère ! Que feront les vieilles dames, s’il n’y a plus de sexe ?

— Il y aura les vibromasseurs ultra-intergalactiques.

— Tu as vu ça dans une revue ? ironise Hélène.

— Non, c’était l’invention de l’un de mes patients. Je devais le soigner pour sa libido. Il était un peu en avance sur son temps, si on peut dire avec cette invention. Il s’était construit un monde fermé et étanche. Un beau cas. J’aurais aimé poursuivre avec lui, mais je ne l’ai rencontré que deux fois. Pauvre homme.

— Pourquoi ?

— Eh bien, il a essayé de construire son invention, et s’est électrocuté. Il en est mort.

Hélène éclate de rire.

— Ce n’est pas drôle, dit Marthe, en pouffant.

— Tu as dû en voir des vertes et des pas mûres.

— Oui et non. Chacun essaie de trouver sa liberté. Certains ont plus de succès que d’autres.

— La Nature s’amuse peut-être avec nous.

— Si c’est le cas, elle n’est pas toujours drôle.

— Si on allait en ville, cet après-midi ? propose Hélène. Ça, au moins, c’est amusant et tellement féminin !

— Ce que tu peux être bête !

— Tu m’aimes ainsi, n’est-ce pas ?

— Tu es perfectible…

— Tu parles d’une amie ! Noël approche et je n’ai encore rien acheté.

— Moi non plus, ça va nous coûter cher cette année, avec tout ce beau monde.

— On pourrait coucher à l’hôtel, passer quelques jours, se retrouver entre filles.

— Bonne idée, mais Armand ?

— Rémi s’en occupera.

— Il était mal en point, hier.

— On ne partira pas si loin que cela. On laissera nos coordonnées.

Elles arrivent près de l’escalier qui mène à la propriété.

— Alors, ça me va. On va dire bonjour à notre future maman ?