— Ferme les yeux.
Stéphane obéit. Rémi l’embrasse doucement sur le front. Les deux soufflent fort, leurs sexes croisés, gagnés par la colère d’en finir. Rémi les oblige à s’immobiliser, ils reprennent leur souffle, laissent tourner le temps autour d’eux. Ils ne font qu’un, ne pensent qu’à eux ; c’est donc du rêve, la chambre est close, il fait jour. Lucienne et Irène discutent dehors. Ils ont chaud, se salissent de caresses.
La force de Stéphane contre la sienne ; deux chats qui se mordillent la nuque. La cadence reprend ; c’est à qui provoquera la jouissance de l’autre sans pour autant asséner le dernier geste, car le plaisir est bon, il faut le préserver, l’amadouer. Il faut danser en amour, glisser entre les peaux, s’abreuver à tout ce qui ruisselle.
Ils sont libres de faire ce qu’ils veulent ; la bête en eux s’amuse à leurs dépens. Le jeu. Le bonheur. La soif et la faim. Ils se boivent, ils se mangent, ils sucent et se gavent, ils se cambrent et s’étirent. Leur peau se gonfle, leurs poumons exhalent. Voilà, encore plus fort, à vouloir éjaculer sur l’autre ; puis arrêter, savourer l’imminence de la fin et tout faire pour s’en éloigner. Tout fuir, tout recommencer, repétrir, rire, s’embrasser encore et encore. Ne jamais terminer ce que l’on a osé commencer.
Rémi baise Stéphane dans le lit de Victor. Il entend les deux femmes rire. Il gobe les testicules de son ami, lance ses mains sur son ventre chaud, glissant. Stéphane lui joue dans les cheveux, se donne à lui, ne craint pas la morsure, en redemande plutôt. De ses mains, il le force à se relever.
— Embrasse-moi et ne quitte pas ma bouche.
Rémi s’exécute. Leurs lèvres se fusionnent, les langues prennent la relève des danseurs. Stéphane extrait d’une bouteille un lubrifiant et il en enrobe les deux sexes. La substance apaise et excite en même temps. Il croise les membres, les masse doucement. Leurs deux bassins s’agitent tandis que les bouches se gavent. Les narines s’agrandissent. Stéphane intensifie la cadence. La lubrification électrise la peau ; leurs souffles s’approfondissent. La bouche de Stéphane hypnotise celle de Rémi. D’autres rires, en bas. Ils sont sur le point d’éclater. Stéphane ouvre les yeux sur ceux de Rémi. Ils se voient embrouillés, dédoublés, leurs bouches se quadruplent. Ils manquent d’air, leurs langues dévorent, les dents mordent, si peu, juste assez pour aimer le danger ; le bonheur se trouve là, à la portée de leur essoufflement. Il n’y a qu’une chose à faire, mourir, tuer le désir, tuer les sens, gémir. Stéphane cesse tout mouvement. Les deux sexes sont si violents. Rémi s’écrase sur lui. Ils reprennent leur souffle, s’observent. Si près, si loin. Rémi presse davantage. Les bouches encore soudées, ils jouissent, et ils pourraient mordre.