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Mardi, mercredi, jeudi. Le rythme quotidien rappelle celui des cinq dernières années, à trimer dur, douze heures durant, six jours par semaine. La vitalité de Lucienne étonne Rémi, comme si les quarante années de labeur de la bonne l’avaient non pas épuisée, mais plutôt préparée aux vingt prochaines. En contrepoint, l’absence de Victor passe quasi inaperçue. Rien de neuf sous le soleil.

Chaque jour apporte son lot d’événements anodins. Mardi, des Américains descendent d’un gros autobus bleu, blanc, rouge, heureux de visiter les charmes de la boulangerie française. Mmmmm delicious, so frenchy, so baguette ! Ils sont gras comme des voleurs et dévalisent le beurre qu’ils tartinent outrageusement sur leur pain.

Mercredi, on dirait le même autobus et les mêmes touristes, mais l’attaque est plus sérieuse, car ce sont des Français qui viennent comparer. Lucienne ne comprend rien à ce qu’ils disent, et lorsqu’ils repartent, contentés des salves lancées, Rémi leur fait un doigt d’honneur.

Jeudi matin, Claudine prévient que le malaxeur a encore eu des ratés. Rémi se gratte la tête. Il a beau inspecter l’appareil, rien ne semble clocher. Il alerte son fournisseur, qui viendra samedi.

Noëmie va son petit bonhomme de chemin, arrivant une heure avant la fermeture afin de remettre de l’ordre. Lucienne et Rémi en profitent pour ranger à l’arrière et s’assurent que tout est prêt pour la boulange de la nuit.

Vendredi, samedi. Il pleut abondamment. Si les gens se renfrognent à l’idée de perdre une fin de semaine, la flore et la faune ouvrent grand racines et becs ; les lombrics se promènent au grand jour et les oiseaux croient au paradis sur Terre. De la parenté de Lucienne ponctue les journées. La pluie chasse la clientèle touristique et les revenus s’en ressentent. La parenté s’installe aux tables et joue aux cartes. Le club de la Rumeur se fait aller le larynx. Les revenus augmentent. Lucienne en a même trop chaud et Rémi a un peu la nausée tant le volume sonore lui rappelle les réveillons du jour de l’An quand tante Germaine gloussait au-dessus de la mêlée des gens saouls, ivre elle-même, mais combien décidée à ce que ce qu’elle avait à dire à propos de la voisine du troisième rang se rende de l’autre côté de la table, dans les oreilles de tante Laurette.

Surexcitée, Lucienne sort de sa sacoche une petite pilule blanche qu’elle avale avec un peu d’eau. Rémi lui demande ce que c’est ; elle lui répond que ce n’est rien, et revient à sa discussion avec sa cousine Mariette.

Irène n’est pas souvent chez elle quand Rémi et Lucienne rentrent, si bien qu’ils ont tout juste le temps de se dire bonsoir lorsqu’elle arrive, avant de se souhaiter aussitôt une bonne nuit.

Rémi couche dans la chambre de Victor. Le sommeil vient rapidement, sans rêves et, le lendemain, il remercie le gars ou les poulies, là-haut, de lui accorder des nuits inconscientes.

Et puis, dimanche.