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Phylos en France. Courage de Belgique, Rozio de Malaisie, Fun d’Australie. Un clic sur Phylos.

Night] Salut, Phylos.

Un clic sur Courage.

Night] Salut, Courage.

Un clic sur Rozio, puis Fun.

Night] Hi Rozio, how are you ?

Night] Hi Fun, how are you ?

Une courte pause puis les messages se bousculent.

Phylos] Salut, mon beau !

Courage] Je te reviens !

Rozio] Hello, handsome !

Khan] Hi, I’m from Ireland, how are you ?

Fun] Hello, sweetie. How are you ? As you see, I’m pretty hard here. Got a guy. Man, you should see him !

Il sourit, répond à tous, s’attarde sur l’image de Fun. L’homme se montre sans pudeur. Ce Khan, un inconnu. Pas mal. Il clique sur l’icône du profil d’usager. Pas mal, pas mal, se dit-il encore. Blond, un bon sourire aux lèvres. Quelqu’un d’honnête. Alors que fait-il ici ? Il faut toujours se poser cette question, remettre les pendules à l’heure. Khan est sûrement seul ou désespérément en manque. Le profil stipule que Khan a un garçon de huit ans. Rémi décide de lui répondre.

Night] Hello, from Canada.

Quant à Rozio, il veut toujours lui faire l’amour. Il n’a de cesse de couvrir Rémi des épithètes les plus élogieuses, à la manière asiatique. Rémi joue souvent le jeu, se laisse désirer, se montre, aguiche, puis s’en va. Courage est un gros nounours sympa. Des échanges souvent très banals. Courage vit avec son copain depuis vingt ans. Ils ne font plus l’amour depuis longtemps. Il compense en venant sur le réseau, offre son corps. Phylos est un intellectuel qui vit à Bordeaux depuis cinq ans avec son compagnon, médecin.

Rémi enlève le reste de ses vêtements. La nudité des hanches est aussitôt remarquée par ses correspondants. Des remarques fusent. Rémi s’amuse à jouer les prudes pour ensuite satisfaire les yeux de tous.

C’est un jeu. Peut-être davantage une drogue. Toujours remettre les pendules à l’heure. Khan a lui aussi noté le changement.

Khan] Got naked for me ? I’m not in that mood.

Night] No need to be in the mood. I’m not either. It’s just too hot outside. Is that bothering you ?

Khan] Of course not. LOL

Le garçon lui plaît. LOL. Laughing Out Loud. Les sentiments exagèrent sur le réseau ; le rire est froid comme un neurone, les émotions sensibles au moindre écho.

En haut de l’écran, le programme présente la liste des milliers d’inconnus en ligne dont il suffirait de cliquer sur le nom pour connaître un peu de leur histoire, quelques-uns de leurs bonheurs ou le chapelet de leurs égarements. Leurs désirs, bien sûr. Mais ça, c’est presque trop facile à découvrir. Il suffit de se présenter nu et leur peau devient humide comme une pluie fine et dense.

Différents fuseaux horaires, même désir, une diaspora d’exclus ou de timides. De beaux gars et des gras, des surexcités et des philosophes, des vieux qui se rincent l’œil, des jeunes qui s’éveillent, des sages qui prennent plaisir, des jeunes qui en donnent, des cloisonnés qui étouffent, des exhibitionnistes qui prennent l’air, des maîtres et des esclaves, de splendides bêtes et de minces avortons.

Ils ont la même idée derrière la tête ou dans le sang de leur queue : baise, masturbation, assouvissement. Des hommes, que des hommes qui apparaissent et disparaissent dans l’univers cybernétique comme des insectes happés par le temps et la nuit. Chacun finit par trouver soit la peau qu’il n’arrivera pas à toucher, soit l’expédient nécessaire à remplir un papier mouchoir, pour ensuite aller se coucher, partir travailler, retourner dans la chambre nuptiale, ou en rêver. Tout y est. l’humanité aussi, sincère et sensible à cette eau vivifiante qui nourrit la forêt des hommes.

Il a tôt fait d’attirer les mouches, comme il dit. Il en est secrètement fier même s’il ne récolte, bien souvent, dans ce filet cybernétique, que des petits poissons mâles, huileux, bons à relâcher dans l’Internet. Il jette un œil sur sa liste « d’amis », sa récolte. Dis-moi ce que tu pêches, je te dirai…

Une pastille s’allume sur l’icône de messagerie. Rémi clique sur le portrait signalé. « Str8 messing around ». Il ne connaît pas ce gars-là mais sait, juste par le surnom, qu’il s’agit d’un hétérosexuel curieux, d’un straight ou d’un gars enfermé dans le placard. Il ne se sent pas d’humeur à jouer les mentors. Il ouvre le message. La photo est explicite, l’homme ne montre que la région au bas de la ceinture, la main dans le pantalon. Qu’un Hi ! pour message. Rémi ouvre le profil de l’abonné. Il est vide. Placardé jusqu’aux oreilles. C’est ça, se dit Rémi, glandouille tant que tu veux… Str8 a honte, il se terre, veut jouir mais ne sait trop comment. Il a probablement une petite amie.

Quatre autres pastilles s’allument presque aussitôt.

Il y a trop de monde. Même en silence, tout cela fait trop de bruit. Rémi prend congé de ses amis, promet à Khan de revenir, un jour. Khan lui fait une bise amicale en écrivant Don’t worry.