EN
Les Années-rebours

La futilité des promesses

— Qu’est-ce qui t’a fait changer d’avis ?

La main de Rémi descend le long de l’échine encore moite de Stéphane.

— Quoi donc ?

— Tu ne te rappelles pas ? Je t’avais demandé, il y a trois semaines, si tu voulais devenir l’homme de ma vie et tu m’as répondu que tu en avais déjà un.

— Et alors ?

— Pourquoi insistes-tu ?

Stéphane se tourne vers lui, imite Rémi en lui caressant la poitrine pour ensuite descendre jusqu’au sexe.

— Tu n’as pas le même goût que les autres.

— Et je risque, un jour, de m’affadir…

— Je n’ai pas dit ça.

— Suis-je trop désillusionné pour n’être que réaliste ? Combien de temps resteras-tu ?

Stéphane se lève, s’accroche à une poutre du sous-sol, lève ses jambes le plus horizontalement possible. Ses muscles se cambrent, Rémi peut en compter la beauté. Stéphane relâche très vite la position.

— Tu vois ? Il y a cinq ans, j’aurais tenu ça trois minutes, tout au moins. Et là, je n’arrive pas à tenir trente secondes.

Il recommence. Rémi compte. Vingt-sept. Stéphane lâche en riant.

— Tu ne veux pas me répondre ?

— Mais je t’ai répondu, Rémi. Il y a cinq ans, je t’aurais fait des promesses et j’aurais pu les tenir, mais là, cela ne me tente pas vraiment de faire l’exercice.

Stéphane se recouche.

— C’est ça, le bonheur, non ? L’aventure d’un nouveau corps…

Il lui touche l’épaule.

— … d’un nouveau regard.

Une caresse aux yeux.

— … d’une nouvelle âme.

Un léger attouchement sur la poitrine.

— … d’une énergie différente.

La main qui englobe les testicules.

— … la jouissance.

Le sexe de Rémi se gonfle.

— On devient aveugle quand on aime, ne le sais-tu pas ?

Doucement, avec sa main, Rémi force Stéphane à le regarder dans les yeux.

— Tu vois, je bande, mais j’arrive quand même à te voir comme tu es.

— C’est-à-dire tout nu et en érection ?

— Tu as combien de fuck buddies sur la planète ?

Stéphane retire sa main.

— Ça va mal pour toi, et je peux comprendre. J’aurais pu, il y a longtemps, décider de ne plus te revoir. Ne confonds pas l’habit et le moine qui le porte.

— Tu arrives au moment où je quitte Victor. Tu es un peu l’étincelle qui sert à faire exploser le baril de poudre.

Stéphane affiche un sourire narquois.

— Si je comprends bien, la mèche devait être passablement humide pour avoir besoin de tant d’allumettes… Moi, Luc, et qui d’autres ? Ça dure depuis combien de temps, ce petit jeu ?

— À vrai dire, leur flamme est inoffensive ?

— Tu ne connais pas mon histoire.

— Ni toi la mienne.

Stéphane refait avec sa main le pourtour de la poitrine de Rémi.

— On pourrait donc jouer à Fanfreluche pour se la raconter …

A vida não é uma distracção, m’a dit récemment mon ami brésilien. La vie n’est pas une distraction…

Stéphane perd son sourire pour mieux colorer ses yeux de ferveur.

— Non, mais elle est un jeu obligé ; autant s’y soumettre et en jouir.

— Tu parles parce que tu as tout ton membre, toute ta beauté et tout ton avenir devant toi.

— Et si je mourrais demain ?

— Je serais triste, mais je continuerais mon chemin.

— Alors, tu vois, répond Stéphane en attirant Rémi vers lui, inutile de se faire des promesses.