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Il ne s’agit pas d’amour, de tendresse. Il n’y a, dans leurs gestes, ni compassion ni partage. La honte pour Luc ? L’inclémence de ses caresses le laisse croire. Rémi en perd ses moyens. Sa honte à lui est encore plus prégnante. Il en a le désir. Tout est gris ? Non, tout est aveuglé, la nuit. On se donne des permissions que l’on croit volontiers interdites le jour. Pour taire sa conscience, Rémi devient la proie d’un Luc malhabile, aux limites de la douleur.

Avec ses doigts, Luc force la bouche de Rémi, qui croit un instant à une exploration plus lente du désir. Mais Luc les retire et écarte les fesses de Rémi, plonge ses doigts mouillés dans l’autre bouche prohibée. À peine écoute-t-il les protestations de Rémi qui lui dit de ne pas aller trop vite.

Et pourtant, pourtant, toujours le désir ; la douleur qui, à force d’accoutumance, se change en plaisir, l’alerte des sens, des glandes bousculées, devenant, pour l’occasion, la peau de tambours fragiles, qui se déchirent presque heureusement. Surtout cette magique accalmie, lorsque Luc, une fois en lui, s’abandonne, cesse de bouger, le torse moite contre le dos raidi de Rémi, son haleine dans le creux de son oreille, ses dents voulant gober les globes, leurs respirations à l’unisson, le fleuve poursuivant sa course sans s’irriter.

Ensuite… l’étonnante et soudaine douceur de Luc qui glisse ses mains le long des muscles de Rémi pendant qu’il joue en lui. La volonté évidente de lui procurer du plaisir. Encore ses mains partout jusqu’à ce qu’il jouisse en murmurant : « Yes ! ».

Ensuite… toujours en lui, Luc empoigne le sexe de son compagnon. Rémi serre l’anus sur le membre de Luc. Il devient le second sexe. Pourfendu et pourfendant. Il jouit. Heureux et contraint. Rémi en pleure, convaincu. Cela dure si peu de temps. Luc se retire prestement, annulant subitement, chez Rémi, le plaisir procuré. Les sens reviennent au mode habituel, reprennent leurs rôles de bureaucrates insensibles, notant les dégâts, les blessures, les reportant fadement au cerveau qui s’énerve, proteste devant la porte fermée de la conscience de Rémi, et, comme pour le punir, intensifie la douleur, accentue les odeurs résiduelles.

— Viens, dit Luc.

— Où ?

— Suis-moi. On va se baigner.

— Dans le fleuve ?

— Une petite lagune, là-bas. Tu verras.

Rémi le suit. Il laisse Luc le devancer pour mieux l’observer. Il s’interdit de tomber, encore une fois, amoureux de cet homme trop étranger. Leur nudité dans la nuit est en soi un cadeau du ciel.

Arrivés au pied de la falaise qui délimite la propriété, à l’est, Luc lui montre un petit lac, presque un bain, formé par la marée, maintenant descendante.

— C’est propre, cette eau ?

— Fais pas le con urbain.

Luc est le premier à s’y plonger. Rémi en fait autant. L’eau est chaude et leur arrive à la taille.

— Assieds-toi là.

Rémi obéit. Sous l’eau, un petit rocher fait office de chaise. Luc se place devant lui et l’embrasse.