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Victor parle beaucoup. Rémi lui sourit. Victor a passé du bon temps, est revenu bronzé, reposé. Il ne parle que de Mario, un jeune notaire de la ville. Ils sont devenus très copains. Rémi s’abstient de lui poser la question fatidique, car cela porterait une ombre à la quiétude du moment. Mario a repris l’étude de son père, tout comme Victor, il y a huit ans. Mario est beau, paraît-il, dix ans plus jeune que Victor.

Rémi ne dit rien parce que maintenant, ils font l’amour. Il ne comprend pas. L’alcool ? Ils ont bu une bouteille de vin. Victor rit, caresse et embrasse Rémi comme rarement il le fait. Rémi se laisse dominer, se tait et apprécie. Ce coup de hanche, ce balancement heureux… Mario ? Victor en est-il vraiment capable ? Plus tôt, Victor a dit qu’il songeait à une collaboration avec Mario. Ce dernier a des idées, lui des contacts ; ils possèdent des atomes crochus. Rémi n’est pas jaloux ; il cherche plutôt à comprendre. Mais, en ce moment, Victor jouit en lui et lui égratigne le dos.

Victor dit : « À ton tour », comme s’il s’agissait d’une mécanique normale. J’entre en toi, je jouis, tu entres en moi, tu jouis. Vraiment, Rémi en a le goût, se tait pour ne rien briser de ce fragile instant. Il glisse doucement en Victor. Celui-ci dit : « Yes. » Rémi s’inquiète. Il n’a jamais dit ça. Ils n’ont jamais cessé d’utiliser les condoms, non plus. Une négation après l’autre. Après ce que Rémi a vécu ces derniers jours, ce « Yes » apparaît d’autant plus vulgaire.

Rémi se déhanche, aime le corps de Victor, élastique, une facilité à se laisser dominer, à s’humidifier. Pourquoi Victor lui fait-il encore l’amour ? Peut-être se venge-t-il. Se taire, car il est trop bien, trop intensément bien, à le pourfendre. Rémi aime tous les corps des hommes ; il se tait, car il ne fait plus la différence. Ici ou ailleurs, il jouit.