On emménage à côté. Deux femmes. Des déménageurs suent dans la canicule. De sa fenêtre, Rémi n’a d’yeux que pour le petit rouquin de l’équipe des déménageurs.
— Tu devrais venir voir ça, un beau petit modèle qui a chaud.
Victor ne dit rien, occupé à comprendre l’énigme devant lui. L’ordinateur émet une mélodie Nouvel Âge.
— J’trouve pas la combinaison de la serrure.
Rémi ne s’offre pas pour l’aider. Il n’est pas très porté vers ce type de jeu.
— J’y déverrouillerais bien sa serrure…
— Plus tu vieillis, plus tu en rajoutes. Ah ! voilà, c’était ça, dit Victor pour lui-même.
Rémi entend une porte s’ouvrir et la musique s’intensifier. Victor a percé le mystère, mais il y en a sûrement un autre derrière, car Rémi l’entend jurer.
Une des femmes est aveugle et s’est assise sur le balcon pendant qu’une autre, plus jeune, dirige les manœuvres, en compagnie de ce qui s’avère être son amoureux. De temps en temps, ils s’approchent de la femme aveugle. Ils rient, parlent dans une autre langue. Cela ressemble à de l’allemand, pour ce que Rémi peut en connaître. La femme aveugle est plutôt jolie. Avec ses verres fumés, on pourrait la croire riche et immobile, attendant que les ouvriers aient fini de ranger avant d’entrer dans sa nouvelle demeure. Rémi raconte ce qui se passe à Victor.
Rémi est nu. Victor le lui reproche et lui demande de se rhabiller. Rémi hausse les épaules. Il fait trop chaud. Et puis, de l’étage où ils sont, personne ne peut les voir. Le rouquin jette tout de même de temps en temps un œil vers lui. Cela amuse Rémi, sans plus. C’est presque trop facile, ça en devient lassant. Il va plutôt faire quelques pompes, puis descend à la cuisine. Il a envie de faire du pain et d’offrir une miche aux voisines.