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Les Années-rebours

On se reverra ?

Devant le sauna, un petit parc fait office d’antichambre à quelques hommes qui s’y reposent, étendus sur l’herbe, apparemment heureux et délivrés. D’autres contournent les arbres, cherchant du regard le prince qui daignera les attirer vers l’intérieur. Rémi connaît bien cette attente, courte pour certains, habituellement les mêmes, plus longues pour de nombreux autres, ceux dont la timidité colle à la peau comme une mauvaise manière.

On étouffe dans la ville emprisonnée dans son smog. Les arbres offrent une fraîcheur plus que bienvenue.

— On se reverra ? lance Stéphane en s’allumant une cigarette.

Rémi ne répond pas tout de suite. Il n’a pas encore décidé du sort qu’il réserve à cette rencontre. Ils ont bien fait l’amour, chose plutôt rare dans ce type d’endroit. Il observe Stéphane qui attend toujours sa réponse, entouré d’une fumée blanche vite emportée par le vent. Rémi sort de la poche de sa chemise une carte professionnelle.

Boulangerie La Cigogne, lit Stéphane sans prendre la carte. Tu y travailles ?

— C’est à moi.

Il pointe le nom sur la carte.

— C’est moi.

Stéphane sourit, caresse au vol le doigt de Rémi en saisissant la carte.

— Je suis fermé pendant deux semaines. Mais t’as mon cellulaire, là, en bas. Si tu aimes le bon pain…

Stéphane lui fait un clin d’œil en rangeant la carte dans la poche de sa chemise. Il se cale dans son banc et observe ce qui s’offre à lui, un sourire en coin, ayant l’air de ne plus s’occuper de Rémi.

— Au revoir, lance Rémi, j’espère qu’on se reverra.

Stéphane sourit, sans pour autant le regarder. Il est indépendant ; Rémi aime ça. C’est toujours plus facile de dire au revoir aux gens qui se suffisent à eux-mêmes.

Il tourne les talons en scrutant sa droite et sa gauche, comme s’il craignait un quelconque espionnage. Les bureaux de Victor sont tout près. En s’éloignant du parc, il jongle un instant avec l’idée d’aller lui rendre une visite-surprise. Ce serait stupide. Encore une autre blague de sa culpabilité mal placée.

Il se dirige du côté de la vieille ville, dans le but de bien profiter de ce début de vacances. Il regarde sa montre. Dix heures. Il n’a pas demandé à Stéphane ce qu’il faisait si tôt dans un sauna, ni ce qu’il faisait dans la vie.