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Arrêt sur image

28 novembre 2022

Voilà bientôt quatre mois que je n’ai pas écrit. Pas même une ligne, un mot, seulement de multiples et abondantes pensées. J’ai dû vérifier sur mon site pour me convaincre que mon silence ne datait pas de plus longtemps que cela.

Il me semble vivre des silences fatigués. Mon cœur, autrefois, déversait impudiquement ses eaux. De mer, il ne semble rester pour le moment qu’un frêle ruisseau. On dit bien que les poètes n’ont de réelles inspirations que lorsqu’ils sont jeunes. Et pourtant, rien ne vieillit dans cette conscience qui me tient lieu de personnalité. Sans doute y a-t-il des digues en amont qui n’espèrent qu’à céder.

Arrêt sur image pour ainsi dire depuis cet été. Qu’entends-je dans mes craintes? Que se passe-t-il dans mon corps, mes esprits? J’ai beau comprendre les astres, ressentir les plaques tectoniques de mon destin, je respire toujours de cet air d’espérance et de souhaits qui m’échappe tout de même. Mon clavier est plus tangible que ce temps qui me file entre les doigts.

Je n’invente rien, je ne suis que la répétition de la vie. Ce qui grandit et meurt autour de moi appartient au livre de tous.

Parfois, en écoutant bien le présent, j’y reconnais les mêmes échos qu’aux premières heures de mon adolescence. Parfois encore, en posant mon regard sur des photos d’un passé que je n’ai pas connu, j’y rencontre à la fois mes craintes, mes envies, mes tendresses et mes échecs. Mes envies surtout, celles qui se seront butées à des leçons plus grandes que moi.

Ma fortune semble inéluctablement liée à la course lente de Pluton, au brouillard océanique de Neptune, et aux coups de faux de Saturne.

Je suis toujours en quête même si, pendant des jours entiers, je n’écoute ni mon corps ni mon passé. Je vieillis en laissant le temps devenir plus que de la poussière, comme si j’avais ce luxe des années.

J’aimerais serrer dans mes bras un jeune matelot dévêtu, j’aimerais être en mer avec lui. Et cette pensée s’insère mal dans ce texte. Il s’agit là de mon cœur qui cogne à la porte de mes heures.

Je suis fait autant de regrets que de désintéressement. Est-ce là une sagesse ou un abandon?