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Cette folie de croire

25 octobre 2013

Soldats de flanelle, zélotes en sucre d’érable, bérets blancs, calottes contre un mur, une météorite, tantôt, vous écraserait que vos calleuses eaux ne formeraient aucune lave, vos tubulures osseuses aucun charbon, encore moins un diamant.

Vos harangues zélotes n’abreuvent aucune terre, secs et sèches que vous êtes. Où se cache cette âme que vos buissons ardents vous ont promise ? Vous l’ont-ils vraiment promise ou ne l’avez-vous pas juste rêvée ?

Je ne comprends pas ces certitudes faites de carton, voire de guimauve. Je m’étonne de votre foi de ragots. Comment osez-vous croire ces cartes routières réécrites par-dessus d’anciens délires qui promettaient tous le paradis ? Vous vous accrochez, fidèles, à quelque chose qui vous échappe, vous transcende, et parce que vous êtes ignorants et ignorantes, vous criez encore plus fort pour faire taire ce silence qui percerait pourtant le plus opaque des tympans.

Quand vous carburez à l’amour de votre espèce, on vous pardonne vos coquetteries régimentaires, mais lorsque vos seuls gestes sont de mélanger à vos terres le sang de vos voisins, quand vous vous méprenez sur la véritable nature du sexe des femmes ou sur les élans candides du coeur, on n’a qu’une envie, celle de vous lier la parole derrière le dos.

Il y a des combats, bien sûr, que la science expose tous les jours au grand jour. Il y a des souffrances, des injustices qui ne paraissent exister que pour justifier une absurde réalité. Les savants nous dévoilent les immenses bras de Shiva-Nataraja qui, depuis qu’une étincelle de raison nous allume la cervelle, nous sourit avec ses lèvres étales et son regard neutre d’une implacable violence.

Une comète, je vous dis, un trou noir, une bouillabaisse de supernovæ, des catastrophes à répétition vous pendent au bout du nez et vous avez la prétention d’affirmer que vos dieux sont des puissances inaltérables, que votre paradis, vos vierges célestes hantent vos logiques et que vous seuls possédez la réponse, la clé, le jackpot vers l’Éternel. Vous croyez comprendre l’Infini parce que des illuminés ou des fous se sont ouvert l’âme avant vous en se crevant les yeux. C’est certes impressionnant, mais ce n’est que du sang.

Et lui, l’Univers, que pensez-vous vraiment qu’il fait de nous ? Possède-t-il d’abord une parole ? Vous a-t-il franchement admonesté une seule fois ? Ne se contente-t-il pas de déplacer des atomes dans son incommensurable complexité ? Qu’avez-vous à vous préoccuper de ce que je fais de mon cul alors que l’égoïsme des Hommes viole depuis des lunes la Terre et les Océans ?

Vous n’écoutez rien, vous psalmodiez, angoissés, vous vous agitez, vous vous courbez de saintes douleurs, vous vous anesthésiez avec des promesses plus floues ou ludiques que les autres. Vous ne valez pas plus, pas moins que les athées, souffrant d’agnosie, qui ont le réflexe d’invoquer le bon sens.

Je vous entends me traiter de Job, me snober, pourfendre mon inaction et mon manque de courage, que mes injustices valent bien les vôtres. Je ne vous contredirai pas. Je vous demande seulement de regarder les champs de bataille de l’Histoire et du présent, d’entendre et de constater surtout que la bonté humaine ne se vet de rien, qu’elle est nue comme des désirs, qu’elle est dans sa sereine patience la seule réponse digne d’être qualifiée de divine.

Je ne vous demande rien d’autre que de vous aimer et de faire la paix. Le monde est une jungle, l’âpre théâtre d’un équilibre darwinien et ce n’est que main dans la main, coeur contre coeur, allégresse pour allégresse que nous parviendrons au calme, au bonheur, ce seul et puissant équilibre.

Cessez de vous battre pour un tissu ou des breloques. Montrez aux politiciens que votre ardeur à vivre ne tolèrera aucun règlement. Mais encore faut-il que vous baissiez vous-mêmes les bras, les armes. Vous n’êtes plus des enfants. Ayez la candeur du regard adulte et dansant ! L’innocence ne se vit qu’en toute connaissance de cause, se passe de naïveté et de puériles rêveries. Tournez-vous vers le chemin parcouru, cette route d’essais et d’erreurs. Dansez ! Surtout lorsque vous pleurez. Votre corps en connaît bien plus sur l’existence que vos livres déclarés saints par on ne se rappelle plus qui. L’évolution sur Terre vous a modelés comme vous êtes, intelligents, audacieux, anxieux, prétentieux, créateurs et nobles.

N’ayez pas la crainte de Dieu, laissez-le donc à son mutisme évangélique. Moquez-vous des minarets, rasez les clochers, abattez les murs, cessez ces lamentations, faites table rase de votre enfance. Souvenez-vous bien sûr, n’oubliez pas cette longue route tantôt sale, tantôt propre comme une chimère, mais ne vous arrêtez pas de marcher.

Un météore ? Il viendra bien un jour. Comme pour la paix, lorsqu’elle arrivera sur Terre, nous serons, mes frères, assurément morts. Mais ne voyez-vous pas l’amour qui me lie déjà à vous ?