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Directeur

11 février 2018

On m’a donné un titre la semaine passée. Directeur Stratégie et intégration web. Le poste était dans l’air depuis environ six mois ; les circonstances ont voulu que ça ne soit annoncé qu’après moult considérations, un temps qui, je dois l’admettre, fut déstabilisant puisque j’avais grand besoin de certitude après une année personnelle brumeuse.

Le regard des autres s’est illuminé quand on annonça la promotion. C’est par le regard des autres que se bâtit sa crédibilité. On m’a dit que « je le méritais », qu’« on n’était pas surpris », que « c’était dans l’ordre des choses », on organisa un petit cocktail impromptu et le lendemain, j’ai changé ma signature de courriel, l’ai annoncé sur LinkedIn, non pas pour faire le paon, mais pour m’approprier ce titre, car ce n’est pas si naturel que ça, pour moi, l’éternel inquiet.

J’aurai soixante ans dans un an. Cette promotion survient après que Saturne eut tourné deux fois autour du Soleil. C’est le grand retour saturnien des astrologues. Tout le monde ne devient évidemment pas directeur à plus ou moins cet âge, mais cette période est similaire pour tous ceux et celles qui réussissent à l’atteindre.

Lorsque Saturne a dansé deux fois, vient le temps de secouer ce qui s’est accumulé sur ses épaules. On devient mûr. On récolte ou on ne récolte pas, on est seul à mettre les poids dans la balance. Peu importe l’opinion des autres, nous seuls pouvons établir cette comptabilité.

Chez les Romains, on célébrait Saturne par de grandes fêtes (les saturnales). On célébrait l’ordre et la paix. Heureux donc celui ou celle qui, à la veille de ses soixante ans, jouit de stabilité et du sentiment d’un premier devoir accompli.

De mon côté, je sors d’une époque brumeuse pendant laquelle je n’ai pas vraiment planifié et durant laquelle j’ai failli perdre ma maison. Le virage s’est amorcé à la fin de 2013 quand j’ai quitté mon statut de travailleur autonome et pendant cinq ans, je fus en mode survie. C’est derrière moi, je pense, l’ordre est revenu et je récolte un peu de ce que j’aurais semé en étant simplement moi.

Combien de temps cela durera-t-il ? Verrai-je le troisième pas de danse de Saturne ? Rien n’est certain, rien n’est commencé. J’ai rouvert mes livres d’astrologie, ceux que j’avais délaissés depuis une vingtaine d’années. Cette grande métaphore qu’est l’astrologie (et pas celle qui galvaude dans les chroniques des quotidiens) m’a confirmé la route accomplie.

Maintenant, j’ai soif de structure, d’ordre, de contemplation également. J’ai faim de silence, de parcimonie. On dit que, bien souvent, ceux et celles qui se voient attribuer des responsabilités développent rapidement l’angoisse de prouver quelque chose. Plusieurs démissionnent faute de dépasser leur sentiment d’être des imposteurs. Tel n’est pas mon cas et mon but. Je ne ressens sens pas cette pression. L’imposture peut-être, mais pas tant que ça. Je vois cette promotion ainsi ;: on m’a donné ce poste pour que je puisse faire entendre ma voix et aider les gens autour de moi à s’articuler sur des méthodes et pratiques qui profiteront à la compagnie et à ceux et celles qui y œuvrent. Bref, prospérer, atteindre nos saturnales.

Saturne, c’est le temps. On l’illustre souvent muni de la Grande Faux. On peut gloser longtemps sur la symbolique. Ce texte est déjà trop long, pas très soixantenaire… Que voulez-vous, je ne fais pas mon âge…