Je ne vais plus dehors. Je ne me promène plus comme à l’époque où mes deux chiens ne se faisaient pas prier pour gambader, sentir, uriner là où leur semblait bon.
Il y a tout de même longtemps de cela. J’étais jeune, on me dira. Je le suis encore, aux dires de ma mère, qui a quelques marées supplémentaires au-dessus de son corps.
La vie me paraît de plus en plus se résumer à des haïkus sans nom, inscrits dans la routine de mes pensées. Ce n’est pas plus mal; je ne peux pas non plus prétendre que c’est moins profond. Les heures paraissent un brin moins huilées.
Pourtant, issues de mes respirations incontournables, interprétées par mes sens, et de toutes les manières, mes idées et mes craintes ne cessent de nourrir mon étonnement, ma souffrance et mes plaisirs.
Si j’ai mal, çà et là, dans mes os, mes veines et mon regard, sans oublier ma peau asséchée et fissurée d’irritantes et évanescentes ébullitions sanguines, si mon souffle s’arrête, plus court, plus longtemps avant de renouer à la tâche, si je ne sais si c’est du silence ou de la sagesse qui submerge mes esprits, ô mes esprits tantôt floraux, tantôt aquatiques. Si le superficiel océan de mon existence ne laissait aucune humidité sur le sol de l’expérience, si tout cela est en vain parce que je ne pourrai y conclure aucune certitude, j’aurai tout de même apprécié l’or de mes rêveries, l’espoir haletant de mes désirs.
Un enfant, dit-on, demeure en nous, à batifoler autour de notre imaginaire. On ne l’écouterait pas assez, répète-t-on aussi. Je ne crois pas qu’il faille juger de ce qui tire les ficelles, car l’ignorance devient un péché quand on l’habille d’arrogance et de diktats breloqués.
Sans doute devrais-je reprendre mes promenades afin que mes os me soutiennent mieux. Mais surtout, devrais-je courir dans mes villes imaginées, écouter davantage mes rêves afin que la musique en moi poursuive son cours ? Qu’elle tourbillonne contre son lit, chantonne et frissonne en méandres toujours aussi impertinents et joyeux, de cette hilarité qui n’a d’épithète que d’être vivante.
J’ai tant à dire, et pourtant cela n’a aucune importance.