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Le vide optimiste

3 juillet 2013

Le vide de l’existence n’existe que pour mieux le remplir. Je poursuis ma lecture d’Existencialism for Dummies, livre fort bien fait. Je suis ambivalent, me demandant si la pensée existentialiste me nourrit ou me ronge, car je suis d’un naturel anxieux, voire dépressif. Quoi qu’on dise de mes talents, de mes chances de réussir, du bonheur qui m’entoure, mon confort est relatif, beau comme une neige lente et lourde qui apaise le regard, adoucit l’air. Beau comme l’hiver qui tue.

Pourtant, l’existentialisme n’est pas une philosophie du désespoir même si, au départ, le constat est implacable : la vie est absurde, car, peu importe les croyances, l’univers semble bien se moquer de notre sort individuel. Neitzsche déclara que Dieu était mort (puisqu’il n’a jamais rempli sa promesse, à coups de mensonges qui se répètent de génération en génération). L’homme doit donc se surpasser pour devenir un surhomme. Mais encore là, cela est absurde. Le surhomme mourra.

La vie nous est donnée toutefois. Nous sommes vivants et le seul vrai courage est de l’accomplir, car il en est simplement ainsi. « Cela est ». Heidegger semble dire que c’est suffisant et que nous sommes ce que nous sommes, car nous le sommes. Genre. La pensée existentielle me paraît circulaire, tout comme l’était celle de Dieu.

En fait, c’est le propre de l’esprit humain de rêver en rond. C’est en soi un miracle qui existe probablement en million d’exemplaires dans cet univers qui ne possède pas de fin et qui pourtant, lui aussi, on le dit, mourra et recommencera.

La connaissance que nous possédons de notre réalité, et de la petitesse de notre embarcation, ne peut que nous ramener encore et encore à l’humilité. Ainsi, le geste existentiel de déclarer que tout est absurde relève du courage et de l’abandon. Nous sommes et cela suffit. Ma réalité est celle de pousser ces mots par l’entremise de cet ordinateur que d’autres ont imaginé. Je suis de mon espèce. Quand je mourrai, le vent soufflera sur la poussière que je deviendrai. Mon espèce, elle aussi, sera dissoute, un de ces jours, l’univers est si patient, dans l’eau du néant. Nous sommes, nous deviendrons, nous resterons du sel, celui qui donne une certaine saveur aux nébuleuses.

Nous sommes le condiment pour une « chose » qui ne paraît pas vraiment goûter ce qu’elle est. Mais qu’est-ce que j’en sais ? Rien. C’est probablement cela, la réponse. Et cette conclusion tourne en rond, passe le temps.