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Migraine

9 novembre 2011

Elle s’annonce en début de journée ; une raideur à la nuque, une fébrilité aux mains, dans tout ce qui me traverse l’esprit. Elle éclate lors de la répétition de Ganymède. Je résiste durant le chant, sort de ma soirée vaincu, me coule un bain chaud, arrive à contrer les effets néfastes malgré les haut-le-coeur. Durant la nuit, elle me réveille après avoir insufflé un rêve malaisé dans lequel des amis proches se font l’amour effrontément devant moi, en sueurs, alors que je n’ai aucun endroit où demeurer. Je prends doubles cachets et je me rendors. Ce matin, tout va bien, le mal n’est plus, mais je suis fatigué, comme essoufflé par ma bataille.

J’ai longtemps été un habitué des grosses migraines. Je ne sais pas si mes souvenirs sont authentiques, mais il me semble que, souvent les samedis, quand j’étais chez mes parents, je me tapais régulièrement une telle nausée. Il aura fallu la trentaine pour que je me décide à reconnaître les premiers signes de la migraine et aussi à changer quelques habitudes alimentaires, à maigrir, à m’apaiser.

Le mal est un déséquilibre mystérieux. On peut certes expliquer après coup que ceci ou cela a provoqué l’éruption des nausées. Je pourrais, par exemple, mettre ça sur la nouvelle assurance invalidité que j’ai contractée au renouvellement de mon hypothèque. Les fumiers d’assureurs me demandent 60 $ aux deux semaines. Ils me disent sans me le dire que mes antécédents familiaux suggèrent que je suis à risque et que, selon leurs belles statistiques, je suis de ceux qui crèveront plus tôt que tard ou que je leur coûterai un bras. Autant prévenir.

Mais bon, ma grand-mère a été anxieuse toute sa vie et n’est pas encore morte, à 99 ans et demi. Mes parents se portent plutôt bien, malgré quelques écueils, s’en vont tranquillement vers le chiffre 80. J’espère avoir leur ADN.

Toujours est-il que tout va bien chez moi, il me semble, même si je peux interpréter cette migraine comme un signe que tout n’est pas parfait. Mais avais-je besoin de cela pour me le rappeler ? J’ai mes problèmes, mes questionnements, mes contradictions. Je ne suis pas riche, je cours sur place, comme Alice, pour ne pas m’appauvrir davantage. Je vieillis, donc j’avale parfois un peu plus d’eau que d’habitude, moi qui ne sais déjà pas vraiment nager. Mais je rends grâce à mon existence, j’aime la vie, j’adore jouir, je consens à pleurer, je cherche à être honnête et je me laisse facilement prendre aux filets de l’amour, de l’amitié et des assureurs.

Alors, c’est grave, docteur ?