« Je crains que Les Années-rebours sera aimé pour les mauvaises raisons et par les mauvaises personnes ». C’était en ces mots que mon éditeur acceptait de publier mon troisième texte. J’avais été choqué brièvement ou déçu, je ne me souviens plus vraiment de mon sentiment à l’époque, par sa remarque.
Je dois cependant lui donner raison. Premièrement, le roman fut classé dans la littérature gaie, ce qui limita tout de suite son audience. Deuxièmement, je n’ai reçu que des critiques provenant du monde gai. On pourrait ajouter un "troisièmement", qu’il y avait trop de scènes explicites étrangères à la « sensibilité conventionnelle ».
On dit qu’un écrivain ne devrait pas penser à son public hypothétique. S’il le fait, c’est qu’il a déjà perdu une grande part de légitimité, ne serait-ce qu’envers lui-même. Cela se discute; cela dépend également de ce que l’on tente d’achever.
J’ai écrit ce texte pour plusieurs raisons. Je reprenais des personnages qui avaient plu dans mon entourage, surtout Lucienne et Rémi dans L’Effet Casimir. On disait vouloir connaître ce qu’il adviendrait d’eux.
En même temps, je découvrais la communication Internet et, la quarantaine aidant, le goût de rattraper une jeunesse que je n’avais pas tout à fait vécue. Enfin, par ce même Internet qui s’engouffrait dans nos activités quotidiennes, j’avais rencontré un ami brésilien dont les dialogues inspirèrent parfois presque verbatim certains passages, soit les dialogues entre le personnage Rui et Rémi.
J’ai perdu de vue ce professeur de théâtre, Vinicius de São Paulo. Il y a une belle part de lui dans Les Années-rebours tout comme la vie de son père qui inspira le prochain roman, Falaise.
On peut ainsi penser que Les Années-rebours amalgamait la biographie de plusieurs personnes dont le seul fil conducteur serait ce fameux temps qui passe et qui nous échappe, d’où le titre, qui aurait pu être Les années sabliers.
Bref, je me suis remis à la lecture de ce roman, paru en 2004 (et republié à compte d’auteur une première fois en format epub commercial en 2012), pour constater que c’était lui qui méritait le moins de corrections, sans doute parce que mon éditeur de l’époque avait engagé depuis une correctrice professionnelle. La maison d’édition avait acquis sa réputation, je crois. Dommage que, quelques années plus tard, la maison dut fermer ses portes pour des raisons qui m’échappent encore.
Contrairement à La Vie dure, et un peu comme je l’ai fait pour L’Effet Casimir, je n’ai pas trop voulu moderniser le roman. Tout juste, j’ai retiré quelques allusions techniques et technologiques surannées. Lucienne demeure truculente dans son parler, la sexualité de Rémi, à la fois spontanée et naïve, se fait happer par le désir placardé d’un Luc et le détachement d’un Stéphane. Une écrivaine aveugle et séropositive, autrice de roman à l’eau de rose, complète le portrait.
Le roman aurait pu faire partie d’un boitier comprenant L’Effet Casimir, même si je crois avoir réussi à en faire deux œuvres séparées.
J’ai relu de fond en comble, voire jusqu’à supprimer un chapitre entier, ce qui nécessita des ajustements importants un peu plus loin. Pour le reste, cela aura surtout consisté à enlever des phrases ici et là afin de resserrer le texte. C’est ce que j’espère à tout le moins !
La traduction se fit dans un premier temps avec ChatGPT, logiciel très structurant. Mais je ne m’en suis pas tenu à son seul « savoir » , en redonnant ainsi le mandat à Claude de comparer en profondeur ce que son compétiteur avait produit. Le modèle/logiciel d’Anthropic me semble opérer une coche au-dessus de ChatGPT en ce qui a trait à la compréhension linguistique. Claude me paraissait apte à comprendre l’auteur Verville en me suggérant des expressions anglaises plus proches de l’intention voulue, tandis que ChatGPT m’a paru un peu plus technique.
Je me suis amusé à lire les commentaires de Claude qui insistait pour ajouter que tel ou tel passage était « physique » (entendez sexuel) mais bien rendu, ou que tel autre était « émouvant ». Si les modèles de langage (LLM, Large Language Model) savent si bien traduire en ne se contentant que de cumuler un contexte par la probabilité des occurrences, c’est à se demander comment opère notre pensée, si nous ne sommes, nous aussi, que des automates prédictifs…
Comme je l’ai mentionné lors de mon article précédent, ces LLM ne remplaceront pas encore tout de suite le talent d’un.e traducteur.trice… Si j’en avais les moyens (et la patience ?).
En ce qui concerne l’illustration de couverture, j’avoue que ChatGPT m’a épaté. J’aurais pu reprendre l’illustration de ma précédente couverture que j’avais créée à partir d’un collage de diverses photos. J’en avais mis du temps ! Mais je voulais quelque chose de plus contemporain.
ChatGPT m’a proposé une première illustration, inspirée de la première, que je trouvais pas mal, mais trop figée et trop rouge.
Je lui ai demandé de rendre le tout plus lumineux, moins intense et de pencher la tête et surtout de lui fermer les yeux. Pas mal aussi.
Il manquait un je-ne-sais-quoi qui me turlupinait. Finalement, j’ai demandé qu’on lui masque partiellement le visage avec quelque chose s’apparentant au décor, et de repenser les circuits qui couraient sur la peau. Bingo!
On peut lire ou télécharge le roman ici: https://guyverville.ca/livres/les-annees-rebours.