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Sans demeure

23 février 2014

Il est 9 heures du matin. Le printemps lèche patiemment sa nouvelle terre. J’ai remarqué, vendredi dernier, au sortir du bureau, que la journée sortait dorénavant plus tard ses habits nocturnes. Bien que l’hiver soit loin d’être terminé, on ressent, tant dans le vent que dans les esprits, le relâchement de son étau. On a hâte au printemps, j’aspire à plus de calme.

Je n’écris plus ici. Ce n’est pas par manque d’intérêt. Le rapide changement de trajectoire de ma vie, initié en octobre, s’est fait certes sans trop de heurts et je suis heureux de l’avoir fait. Toutefois, les fondations demeurent fragiles ou incertaines. Je ne crains nullement pour mon emploi, au contraire, je ne crains nullement pour mon avenir. Encore une fois, je suis heureux de ma décision. Il faut maintenant me sortir lentement du bourbier financier dans lequel mes deux pieds s’étaient enfoncés.

Je suis content, mais pas entièrement rassuré. C’est sans doute juste une lente fatigue, une zone de ce divin mécontentement qui préfère probablement la glace de l’hiver intérieur que la satisfaction tranquille de vivre des jours ordinaires. Je me dis parfois que je ne pourrai jamais être heureux. Je préfère cette déstabilisation, car j’apprends, j’apprends, j’apprends, j’expérimente, je savoure les petits bonbons de vérité qui résultent de cette fabrication infatigable de mes réflexions. Tel Camus, je préfère la corde raide, le vertige qui, pourtant, m’épouvante. Il n’y a de réel bonheur que dans la tragédie ?

Non, bien sûr. Il n’y a de réelle assurance qu’entre les deux, qu’entre le noir et le blanc, qu’entre le vernis et le bois.

Je vais donc mon petit bonhomme esseulé de chemin. J’ai beau aimer coder, concevoir des tactiques jQuery, Drupal ou photoshopiennes, en passant par les considérations responsive et les Varnish, les protubérances de syntaxes proches des machines, je demeure d’abord et avant tout un romantique, un cerf-volant sans maître rattaché à si peu et qui adore ses cours de chant parce qu’ils ont réveillé la gorge, ils assouvissent l’expression.

J’ai pourtant de si grands désirs d’amours éternels et paisibles comme une mère étale.

Bref, la vie continue. En ce moment, je n’écoute pas les appels de la déclaration d’impôts et me concentre sur ce roman qui, dans ma tête, a changé de nom. Sans demeure. Comme si le texte ne pouvait pas avoir de titre réel. Je ne sais pas ce qu’en dira ma sympathique éditrice chez VLB qui, la première, s’interrogeait sur la difficulté de compréhension du premier titre, Les Mailles sanguines.

Une chose est certaine, je ne suis plus sûr de rien et, de le savoir, me redonne du courage. En tout. La vie, entre nos mains, est toute petite. L’immense défi que nous avons est de ne ni trop souffler sur cette braise fragile ni trop retenir son air.

Il me reste 57 chapitres à relire comme s’ils étaient les derniers que mon imagination aura à produire. Je ne dis pas cela pour être tragique, mais bien parce que je suis tragi-comique et tout à fait conscient du temps qui passe.

Le suis-je vraiment ?

Rien ne sert de cogiter, il faut écrire à point.