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De la nécessité de tuer

1 novembre 2012

Chaque jour où l’on mange aura été précédé d’une mort. Cette réalité n’est pas le propre de l’humanité, mais bien celle du vivant.. Depuis des millions d’années, la roue de la vie plonge immanquablement ses aubes dans l’eau bénite et mortuaire de la nécessité.

Ne pas vouloir se nourrir pour ne pas tuer relève du suicide, et personne n’y parvient. Tôt ou tard, qu’il faille arracher une plante ou casser le cou d’une brebis, le corps affamé s’insensibilise et mord dans la mort de l’autre. La Nature le veut ainsi et l’Homme s’incline.

On dira que la noblesse de cette race aura été de sacraliser, un temps, cet acte. On affirme que les rituels apparurent pour calmer les contradictions du geste. On pourrait également dire que, à force de tuer, on en vint à ne plus reconnaître les vaines prières de rédemption. On oublie que l’on doit continuer de tuer. On se perd en philosophies, on se gargarise d’un humanisme délicat, on tente d’amadouer ainsi ce contact quotidien avec la Grande Faucheuse.

Les végétariens diront qu’ils sont de moindres bourreaux. Qu’en savent-ils ? Si ça se trouve, ils sont encore plus hypocrites que ceux qui observent, les lèvres humides d’appétit, la rangée de cadavres étalés dans les boucheries.

Qu’on ne se trompe pas. La mort est nécessaire. Il faut lui redonner ses lettres de noblesse au lieu de la fuir et de se mentir, d’oser croire qu’on notre âme ne servira pas de gueuleton au prochain revers de l’Histoire.

Nous ne sommes pas différents des animaux. Que cela nous rende respectueux et parcimonieux dans nos meurtres.