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Le journal d’un prêtre

30 novembre 2012

J’ai depuis des années son petit livre dans mes tablettes. Il m’avait été passé par mon oncle Serge Giguère pour que j’y jette un coup d’œil. Il s’agit d’un journal de feu Raymond Roy, prêtre ouvrier, son ouvrage publié en semi-privé, avec les moyens du bord, par les Éditions de l’Autrement (ça existe encore ?), en 1996.

C’est en faisant le tri des quelques livres qui me restent que je suis tombé sur l’opuscule qui fait partie d’un plus vaste ensemble.

Je crois que le prêtre en question avait eu une vie tourmentée, luttant contre certains démons éthyliques. Toujours est-il que j’ai relu des passages. Les écrits datent de 1995, en pleine campagne référendaire. Si des passages peuvent être passés sous silence, certains autres sont magnifiquement bien ourlés (D’une rencontre avec des anciens confrères ordonnés en même temps que lui : sept de mes confrères sont « éteints ». Comme pétrifiés, ne montrant aucune plaie saignante, muets de Parole, interdits d’avenir et incapables de culpabilité. Et plus loin, concernant une cérémonie de baptême tenue en même temps que la fameuse marche des femmes sur Québec, en 1995 : Le « gros baptême » que je célébrais en matinée m’a paru une contradiction à ce slogan « Du pain et des roses ». Une centaine d’invités, sous la coupe d’une volonté visiblement matriarcale, ont paradé à travers tous les « gadgets », balounes, vidéo, réceptions et toilettes commandées par la surconsommation.)

Je me demande ce qu’il est advenu de ces textes. Font-ils partie des rivières de sens maintenant asséchées, qui auront sculpté la falaise de notre inconscient collectif ? Cela remet mes propres écrits en perspective. Nous sommes si peu de choses ; nous sommes notre vie, nous sommes notre devenir en perpétuelle précarité.

Ce prêtre n’aimait pas son Église ; il aimait cependant son Dieu. Son cœur était troublé, semblant toujours confiant de vivre ce qu’il fallait. Je me promets de lire son journal, demandé à mon oncle s’il possède les autres tomes.

Je lève silencieusement mon modeste chapeau à ce prêtre à l’ouvrage. Qu’il repose en paix dans le néant de sa bonté.

P.S. : Serge a réalisé un documentaire sur ce prêtre. 9, Saint-Augustin (Primé par l’Association québécoise des critiques de cinéma).